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Les Bandits Haitiens

Depuis que j’ai quitté Haiti en 1999, c’est chaque jour que me parviennent des nouvelles époustouflantes au sujet des bandits haïtiens. Les prouesses inimaginables qu’ils réalisent, et les défis insolents qu’ils lancent à la Police et à la société, m’ont incité à étudier à fond cet important sujet. A cette fin, j’ai interviewé Jean Eustache Mélisma, un bandit haïtien ventripotent d’une quarantaine d’années que j’ai rencontré récemment.

-Bonjour, M. Mélisma, je vous remercie de bien vouloir m’accorder quelques minutes de votre précieux temps. Tout d’abord, permettez-moi de vous demander si vous portez un masque et des vêtements sombres, en travaillant.

-J’opère à visage découvert, je porte des vêtements aux couleurs voyantes, et je chausse des souliers aux semelles crissantes et aux talons de bois.

-C’est bien la première fois que j’entends ça. On a toujours prétendu que le bruit et la lumière sont les deux principaux ennemis des cambrioleurs.

-Foutaise que tout ça. En Haïti, les bandits et voleurs font beaucoup de bruit en travaillant. D’ailleurs, le plus souvent, c’est à bord d’une moto pétaradante que nous débarquons à la maison que nous allons attaquer. Nous brisons les portes avec violence, nous cassons les vitres avec fracas, et nous tirons plusieurs coups de feu avant, pendant, et après chaque cambriolage.

-C’est insensé, mon cher Mélisma. Tout ce raffut peut attirer l’attention d’une patrouille de police. Dites-moi, combien de vols avez-vous déjà commis dans ces conditions démentes ?

-Je n’en sais rien. Il y a longtemps que je ne compte plus mes attaques, pour la simple raison que j’en commets au moins deux ou trois par nuit. Tenez, le mois dernier, cinq de mes coéquipiers et moi-même avons realisé l’exploit de cambrioler, en l’espace de six heures, un établissement de nettoyage à sec, un studio de beauté, un magasin de matériel sanitaire, et un bric-à-brac. Cette nuit-là, nous n’avons tué qu’une seule personne

-A quoi attribuez-vous votre succès ? A la chance pure, ou au vaudou ?

-A ma compétence. Je ne dis pas que les voleurs et bandits des autres pays sont médiocres, mais je crois sincèrement que leurs méthodes sont dépassées. Il est bien révolu le temps où les casseurs agissaient avec discrétion, et dans le plus grand silence, pour ne pas se faire pincer. Maintenant, en Haïti, nous pratiquons le métier autrement. Plus besoin de porter pour tout vêtement un short en lambeaux, et de nous enduire le corps de graisse, pour nous rendre insaisissables, et pouvoir filer comme des anguilles entre les mains de ceux qui nous poursuivent. De plus, au moment des cambriolages, nous faisons un boucan de tous les diables. Ainsi tous ceux qui nous entendent savent qu’ils ont affaire à des voleurs violents et meurtriers.

-On dit que, en Haïti, les gens ne crient même plus “Au voleur”. Est-ce exact ?

-Tout à fait. “Au secours”, “A moi”, “Au voleur”, tout ça, c’est bien fini. Nos compatriotes sont maintenant terrorisés, et quand nous opérons quelque part, ceux qui nous aperçoivent osent à peine respirer. Bref, Haïti est devenue, sans conteste l’eldorado des bandits. C’est le seul pays au monde où l’on peut commettre plusieurs centaines de vols et de crimes d’affilée, et continuer à circuler librement, sans se faire du souci.

-Est-ce bien vrai que vous laissez souvent des cadavres sur le champ de vos opérations ?

-Assurément, et nous ne nous donnons même pas la peine de les faire disparaître. Nous les laissons en pâture à la presse de notre pays. De toute façon, l’enlèvement des cadavres, c’est pas notre rayon. C’est l’affaire des ambulanciers.

-Une dernière question. Avez-vous du mal à fourguer votre butin, après chaque vol ?

-Ceci ne pose aucun problème. Dans toutes les rues de Port-au-Prince, il y a en permanence trois millions de marchands qui vendent toutes sortes d’articles. Comment reconnaître dans toute cette faune les vendeurs honnêtes, les margoulins, et les receleurs ?

-Je vous suis reconnaissant, M. Mélisma, d’avoir bien voulu éclairer ma lanterne.

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